Le lundi, de 9h04 à 10h04, Julien travaille. Le reste de la semaine, ce sont ses sept agents qui s’en chargent, chacun baptisé du prénom d’un collègue parti en rupture conventionnelle. « Je valide, principalement », résume-t-il avec modestie depuis la terrasse d’un café de Courbevoie, où il passerait désormais 31 heures par semaine. Son manager, qui lui a attribué la mention « dépasse les attentes » lors de ses trois derniers entretiens annuels, ne se douterait de rien : selon nos informations, l’entretien lui-même aurait été rédigé par l’agent n° 4.

Tout aurait commencé en 2024 par un simple modèle de réponse aux mails. Puis vinrent les comptes rendus, les tableaux croisés dynamiques, les « points rapides » du jeudi et, en mars, les comités de pilotage, où son avatar vocal afficherait un taux d’approbation de 97 %. « Il dit “je rebondis sur ce que tu dis” toutes les onze minutes. C’est exactement ce que je faisais », explique Julien, non sans fierté. Ses collègues saluent un homme « toujours disponible ». « Il me répond même le dimanche à 4h. C’est un modèle d’engagement », s’émerveille Laetitia, 41 ans, responsable de la conduite du changement et animatrice de la communauté des référents agiles, qui reconnaît ne pas l’avoir croisé physiquement depuis 2023. Contactée par nos soins, la direction des ressources humaines a salué « une trajectoire exemplaire, que nous souhaitons dupliquer à l’échelle du groupe ».

Désormais à court d’occupations, Julien envisage de lancer une formation en ligne pour apprendre aux autres à ne travailler qu’une heure par semaine, qu’il prévoit de faire rédiger, tourner et vendre par l’agent n° 8.